MS3-4 : Langues africaines et technologie des langues humaines

Salle 3

Chair(s)

Mohomodou Houssouba
Yoporeka Somet

Participants

Aboubacry Moussa Lam
Ibrahima Dia

De l'égyptologie à la localisation de logiciel : 15h00 - 17h00

La diversité linguistique de l'Afrique suscite de réflexions diverses, parfois apparemment opposées. Cette session croise deux perspectives sur l'évolution des langues. Sur le long temps, la classification des langues africaines a beaucoup avancé depuis le vingtième siècle, mais elle est encore loin d'être définitive. Beaucoup classifications demeurent controversées. Chaque décennie apporte de nouvelles théories motivant la reconfiguration de familles de langues sur le continent. Aussi, de plus en plus, la linguistique historique fait-elle recours à l'égyptologie pour retracer les trajectoires de dissémination/dispersion des langues à travers les régions. Une ancienne langue comme l'égyptien peut servir de référence sur le long temps. Cette approche diachronique privilégie l'unicité du fond linguistique de l'Afrique antique et l'existence des parentés linguistiques dont la reconstitution serait légitimée par des analyses phonotactiques. Des études sophistiquées mais également controversées relèvent la convergence entre unité/diversité génétique et linguistique du continent à la diaspora afro-américaine.


En deuxième lieu, nous examinons la contribution des nouvelles technologies de communication à l'appréhension des parentés linguistiques entre les langues. La localisation est la traduction et l'adaptation de programmes et outils informatiques dans une langue qui n'est pas celle de la langue de programmation. Pour les langues africaines, la localisation implique le saut à un niveau de technicité différent de celui qui est documenté dans les ouvrages et "lexiques spécialisés" rédigés par les experts pour adapter leur langue aux exigences de l'époque contemporaine. Elle introduit un degré de création et même d'improvisation dans la mesure où un logiciel libre est d'habitude traduit par une (jeune) personne en mesure d'interpréter le langage informatique pour l'adapter à sa propre langue. La traduction se passe ainsi à plusieurs niveaux et met en jeu de ressources linguistiques différentes, en tirant du passé lointain et du présent. Le travail de localisation occasionne un renvoi constant au langage technique d'origine et à la diversité dialectale de la famille linguistique pour éviter au plus les emprunts et néologismes massifs. La présence de centaine de langues sur la plateforme de traduction facilite la comparaison directe d'éléments linguistiques. Un ambitieux projet de lexicographie promet de mettre en ligne des centaines de concepts de base dans 100 à 200 langues africaines dans les prochaines années.


Ces approches complémentaires permettent de porter un regard différent sur les langues africaines dans leur diversité, richesse, résilience et fragilité dans un ordre mondial fortement marqué par la suprématie de quelques langues influentes sur le reste. Les nouvelles technologies de communication et la présence sur Internet permettent de consolider les ressources existantes pour mieux étudier les langues africaines, remonter les arbres généalogiques et fixer de repères plus fiables. Mais, pour tirer profit de ces possibilités, il faut agir de façon résolue pour approfondir la connaissance de chaque langue en relation avec les autres langues du continent et, si possible, du monde entier.